C'était
un certain jour, précisément le vendredi 30 Mai 2003, l’Archbishop Kutino
Fernando, fraîchement rentré d’un voyage euro-américain, passe sur les
antennes de la Télévision Message de Vie avec un thème inaccoutumé : Réflexions sur la situation générale du pays au bord du chaos et de
l’éclatement. L’homme de Dieu fustige le comportement profondément
égoïste qui caractérise le politique congolais, connu pour son manque de
patriotisme et la recherche du profit personnel. Le pays est en proie à une
guerre venue de l’extérieur, certes, mais avec l’appui très actif de
certains de ses fils, si bien que l’opinion internationale est divisée entre
une guerre civile et une agression extérieure. La situation économique, des
plus précaires, n’est pas oubliée. C’est au point que les familles
congolaises se voient obligées de prendre le maigre repas qui se
présente à elles à tour de rôle : les garçons mangent aujourd’hui, et les
filles demain.
Le public intervient en direct au téléphone pour poser des questions, ou
pour apporter des éléments nouveaux à l’appui des affirmations de l’homme de
Dieu. Ceci s’est fait pendant environ 10 jours.
A la question de savoir si son
récent voyage outre-mer n’est pas à la base de ce revirement dans son
message, l’Archbishop est catégorique : personne ne lui a rien dicté. Seul
son Dieu lui a inspiré d’éveiller la mémoire collective et de tirer son
semblable du profond sommeil dans lequel il a été plongé.
L’engouement spontané que le
message a provoqué a rendu nécessaire la tenue des réunions de concertation.
Une première assemblée est convoquée, suivie d’une autre trois jours après,
avant la plénière du Mardi 10 Juin, devant préparer le grand rassemblement
populaire au Stade Tata Raphaël, prévu pour le Samedi 14 Juin. Le mot
d’ordre du « mouvement » est « Sauvons le Congo ». D’informel
au départ, le mouvement se voit poussé par le peuple à se doter de
structures, avec la participation de tous, y compris les partis politiques,
car « il est question que tous ensemble, nous participions à l’éveil de la
conscience patriotique, et cherchions à trouver les voies et moyens de
sortir le pays de la crise qui dure depuis des décennies, et qui a atteint
son paroxysme.
Mardi, 10 Juin 2003, un
jour comme les autres ? Oui,
et Non !
En effet, il est 10H00 lorsque la réunion de l’Assemblée Générale de
« l‘Opération Sauvons le Congo » débute, sous la présidence de l’Archbishop
Kutino Fernando, l’initiateur du mouvement. Tout se déroule normalement
jusqu’au moment où, environ trente minutes, l’Archevêque Samuel Yemey,
faisant office d’Assistant de son collègue Kutino, s’apprêtait à répondre à
une question posée par l’Assemblée. Brusquement, il se retrouve en face de
deux solides gaillards qui lui intiment l’ordre de leur remettre le micro.
Il est à noter que les membres de l’Assemblée avaient le loisir de
s’approcher du Bureau pour des suggestions hors micro. C’est pourquoi les
membres commis à la sécurité ne pouvaient intervenir, surpris de voir les
deux «voyous» monter sur le podium pour autre chose.
Devant une telle situation, les membres de l’Assemblée expriment bruyamment
leur désapprobation et leur indignation. Tout de suite après,
une quinzaine des Jeep (Pick-up) des
policiers en uniforme font irruption, équipés de tout leur arsenal :
boucliers, pistolets, gourdins, … qui se mettent aussitôt à user de leurs
matraques électriques à gauche et à droite. On peut aisément imaginer la
débandade qui s’en est suivie. Devant le désordre ainsi créé, les « agents
de l’ordre » profitent pour faire main basse sur les biens de la Mission
Mondiale Message de Vie et de l’église « Armée de Victoire » : micros,
baffles, synthétiseurs emportés.
L’enceinte de l’église abrite
aussi les studios de la Radio et les studios de la Télévision Message de
Vie, qui sont tous saccagés.
L’Archevêque
Samuel Yemey, avec le Bureau de l’Assemblée, trouvent refuge à l’étage
des bureaux, tandis que l’Archbishop Kutino a tout simplement été amené
vers une destination inconnue, pendant qu’une quarantaine
d’autres membres et sympathisants du jeune mouvement sont acheminés dans
des cachots de la PIR (Police d’Intervention Rapide), des services
de sécurité et vers des destinations inconnues, où ils sont soumis à des
traitements dégradants et à des sévices corporels.
Tard dans la soirée, un
officier supérieur de la police, interviewé sur les ondes de la télévision
nationale, la RTNC, donne la version officielle (mensongère évidemment) des
instances dirigeantes du pays, selon laquelle il se serait agi de simples
échauffourées entre membres du mouvement, suite auxquelles la police, en
tant que garant de la sécurité et de l’ordre public, se devait d’intervenir
pour « séparer les belligérants ».
Quelques jours plus tard, le
Gouverneur de la Ville annonce, par une lettre, la fermeture de la Mission
Mondiale Message de Vie. Mesure surprenante, et manifestement illégale ! En
effet, la Loi dit que cette autorité administrative n’a la compétence que de
« suspendre les activités pour une période n’excédant pas trois mois ».
Et voilà le lieu saint, lieu
de culte au Dieu créateur profané et transformé en « maison de plaisance »,
où les policiers en faction s’adonnent à la satisfaction de leurs bas
instincts.
Six mois plus tard, le
Gouvernement de la République, soucieux de se faire une image de respectueux
de droits de l’homme, lève par l’entremise du Ministre de la Justice, la
mesure de fermeture. Le Gouverneur de la Ville, lui a le profil bas et prend
silencieusement acte. Et par effet de répercussion, les émissions de la
Radio et de la Télévision Message de Vie reprennent, avec les moyens de
bord, bien évidemment, l’essentiel du matériel ayant été emporté ou saccagé
par les assaillants jusqu'à ce jour. |